Albert Camus sur le journalisme

Les propos d’Albert Camus sur le métier de journaliste résonnent aujourd’hui aussi fortement qu’à l’époque où ils furent écrit. A travers les quelques phrases ci-dessous, c’est sa conception même du journalisme qui ressort, un journalisme vu comme un combat pour la vérité et l’indépendance.

« Qu’est-ce qu’un journaliste ? C’est un homme qui d’abord est censé avoir des idées. C’est ensuite un historien au jour le jour, et son premier souci doit être de vérité. Peut-on dire aujourd’hui que notre presse ne se soucie que de vérité ? Comme il est difficile de toujours être le premier, on se précipite sur le détail que l’on croit pittoresque ; on fait appel à l’esprit de facilité et à la sensiblerie du public. On crie avec le lecteur, on cherche à lui plaire quand il faudrait seulement l’éclairer. A vrai dire on donne toutes les preuves qu’on le méprise. L’argument de défense est bien connu : on nous dit, « c’est cela que veut le public ! ». Non, le public ne veut pas cela ; on lui a appris pendant vingt ans à le vouloir, ce qui n’est pas la même chose. [De nos jours] une occasion unique nous est offerte au contraire de créer un esprit public et de l’élever à la hauteur du pays lui-même. » Albert Camus, éditorial de Combat, 1er septembre 1944.

« Informer bien au lieu d’informer vite »

Pour Camus, les quatre commandements du journaliste libre sont l’ironie, la lucidité, le refus et l’obstination. Ces qualités, alliées à une indépendance vis-à-vis des puissances de l’argent, devraient permettre au journalisme d’ « informer bien au lieu d’informer vite, de préciser le sens de chaque nouvelle par un commentaire approprié, d’instaurer un journalisme critique et, en toutes choses, de ne pas admettre que la politique l’emporte sur la morale ni que celle-ci tombe dans le moralisme »

D’Albert Camus, voilà ce qu’à pu en dire Edwy Plenel, fondateur et directeur de la publication de Médiapart (dans des propos relatés par le Nouvel Observateur):

« Du journaliste je retiens une phrase : « élever ce pays en élevant son langage » (éditorial de Combat du 31 août 1944, ndlr). Cette citation donne, selon moi, la vision subversive du journalisme ». « L’autre élément que je retiens c’est que le Camus journaliste de Combat est exigeant en termes d’indépendance, de distance, voire de rupture avec les puissances d’argent. Il veut séparer le journalisme, la production d’information indépendante du mélange des genres, des ambiguïtés, des corruptions liées à la logique capitaliste. On retrouve, ici, la radicalité de Camus pour un journaliste ».

« Le droit à l’information n’est pas un privilège des journalistes, c’est un droit des citoyens »

« Au-delà des étiquettes politiques, quand il écrit ces mots, Camus nous dit que nous devons être dans l’opposition radicale à un pouvoir, qui aujourd’hui dit « casse toi pov’con » dans une fonction officielle et qui loin d’élever un pays en élevant son langage, abaisse un pays en abaissant son langage. Il nous dit que nous avons une révolution démocratique à mener chez les journalistes, en faisant en sorte que les liens incestueux entre notre profession et des puissances d’argent, qui n’ont rien à voir avec l’information, qui ont d’autres intérêts que l’information, soient coupés ».
« Le journaliste qu’était Camus nous invite dans un passé plein d’un présent à une radicalité dans notre exigence professionnelle ».

« La seule vision juste de notre profession, hier comme aujourd’hui, est une vision idéaliste. Le journalisme n’existe que parce qu’il une légitimité démocratique. Notre rôle c’est de permettre aux citoyens d’être informés pour décider, pour choisir, pour agir. Et donc, c’est un idéal démocratique. Toute vision cynique, pragmatique, opportuniste du journalisme trahit le métier lui-même, parce qu’il a d’abord une source démocratique qui nous dépasse, qui nous réclame. Le droit à l’information n’est pas un privilège des journalistes, c’est un droit des citoyens ».

« Bien faire ce métier c’est se donner les moyens collectifs d’une information qui tire le débat public vers le haut. Tirer vers le haut, c’est être capable de dire ce que les pouvoirs ne disent pas, ce que les pouvoirs ne veulent pas qu’on dise et ce que parfois le public lui-même n’a pas envie de lire. Parce que le journalisme indépendant c’est aussi un journalisme qui bouscule son public en lui apportant des nouvelles qui vont le faire évoluer et le faire bouger. C’est notre responsabilité de journaliste. Et c’est l’exigence de Camus ».

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